Pauca Paucis, 1894· Première série· Varia
III. Après la lecture de « rêves ambitieux »
TOUT bonheur que la main n’atteint pas n’est qu’un rêve.‒ Poète, tu l’as dit dans un nombre divin ;Mais pour moi de tes vers le miel découle en vain ;Hélas, j’ai le dégoût de tout ce qui s’achève !
J’ai vu le lourd ennui sous la volupté brève ;L’extase d’aujourd’hui faire le deuil demain ;L’aloès ne fleurir que pour tarir sa sève,Et ma dent n’a trouvé que cendre sous le pain.
Dans tout il n’est d’aimable et de doux que l’aurore,La rose illusion que le jour évapore ;Le seul bien véritable est dans ce qui n’est pas.
Prends la réalité, moi je garde le songe ;D’étreindre ce qui meurt à la fin je suis las :Tout bonheur que la main peut atteindre est mensonge.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources