Pauca Paucis, 1894· Seconde série· Vetera
VIII. Aprilis
LA saison des renoncules d’or, la saisonQui transforme en scintillant écrin le gazon,Reparaît, les yeux baignés d’amour ; elle éveilleLa fourmi, dans ses greniers blottie, et l’abeilleAttendant, sous l’abri tiède et clos, le momentOù la fleur, dont le bouton hâtif pointe à peine,Va s’unir, alourdie et pâmée, à l’amant.Le dieu Pan, chéri des chevriers, dieu charmant,Dieu léger, descend des monts neigeux ; il ramèneTous ces dons, la grâce et le souci du domaine :Le chevreau, qui dans les thyms bondit, gracieux ;Et les pois, et l’oseille avivante, et les œufs,Et le lait, dormant en flots épais dans l’argile ;Les caillés, au frais baiser pareils, mets des rois.
Nous pourtant, paisibles et lassés, ô Sosyle,N’allons plus près des ruisseaux chanteurs, dans les bois,Adorer le glorieux Printemps ! Son pied roseVainement sur le Cythore obscur se repose ;Vainement Cypris met-elle au cœur les émois :Cependant qu’au sein bleu de la Nuit le jour tombe,Nous songeons qu’il n’est pas de printemps pour la tombe.
2 avril 1892.
21 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources