Pauca Paucis, 1894· Première série· Mors
VI. Pax
A Tristis, mon contemporain, après la lecture de ses sonnets : Autrefois et Aujourd’hui.
DANS tes vers émouvants tu gémis de vieillir ;Tu regrettes le temps des roses ; tu regrettesLes troubles ingénus et les ardeurs secrètesEt ce bras, jadis fort, que tu sens défaillir.
Nous avons vu s’enfuir les Grâces radieuses,La douce Illusion, compagne de Cypris,Éros aux cheveux d’or et les baisers fleurisEt les Bacchus pourprés et les vierges rieuses.
Frère, il nous faut des soirs pesants subir le faix.A qui nous remplaça ne portons point d’envie.Nous eûmes les douceurs des matins de la vie ;Voudrions-nous des lois n’avoir que les bienfaits ?
Les générations, semblables aux feuillages,S’envolent tour à tour sur l’aile des autans ;Mais Pan, le dieu fécond, au retour du printemps,De neuves frondaisons vêtira les treillages.
Ainsi de nous, mortels ; un vient, un autre part ;Ne nous lamentons point sur nos jeunes chimères ;Le sage dirait-il lequel des Éphémères,En naissant ou mourant, a la meilleure part ?
Quand vient le noir Hiver et la glace azurée,Qu’Amphitrite rugit sous le fouet du grand vent,Il est bon de quitter le navire mouvant,Pour s’endormir enfin d’une paix assurée.
Laissons Kronos rouler son fleuve régulier.Du faîte empyréen de la demeure auguste,La Pensée Éternelle a décrété le JUSTE :Le Zeus des morts pour tous doit être hospitalier
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources