Pauca Paucis, 1894· Seconde série· Vetera
V. Hélène
LE souvenir, comme un serpent, mordit le cœur d’Hélène.Couvrant son corps immaculé de blancs voiles de laineL’enfant de Zeus et de Léda, redoutable, fatale,D’un pas serein abandonna la chambre nuptiale.A ses côtés marchaient Æthra, la fille de Pitthée,Avec Klymène, aux yeux couleur de la vague agitée.Telle passait, grave, la femme entre toutes haïe.Kypris sourit. ― Hélène atteint la porte de Skaïe.
Sur le rempart, les grands héros, que l’âge lourd accable,Formés en cercle, étaient assis près du roi vénérable :Hikétaôn, chéri d’Arès, et Lampos et ThymèteEt Klytios ; puis Anténor, l’excellent agorète.Ils discouraient. Tel à midi, sur les oliviers pâles,Sonne le chœur harmonieux des paisibles cigales.Elle monta. Quand les vieillards contemplèrent la ReineUn sang plus vif, plus généreux afflua dans leur veine.Tandis qu’au loin retentissait le fracas des mêlées,A voix couverte ils échangeaient ces paroles ailées :« Père divin ! C’est à bon droit que le fier Dardanide,« Issu de Zeus, et l’Achéen, à la belle cnémide,« Ont enduré de si grands maux pour une telle femme
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources