Pauca Paucis, 1894· Première série· Vetera
V. Hellé
Sous l’horizon brillant la mer est d’un bleu noir.En s’approchant de nous elle s’éclaire, et passeAu lapis, à l’azur, au bleu tendre. Par place,Vers la rive escarpée, un transparent miroir,Dans les abris creusés à l’ombre, laisse voirLe roc dont les fucus ont tigré la surface.
La mer est souriante et des crêtes d’argentFrémissent sur la plaine humide. Une traînéeSinueuse, ondoyante, et de soleil baignée,La raye jusqu’au loin de son reflet changeant.La lame, en plis moelleux, et d’un pas négligent,Vient murmurer au bord sa plainte efféminée.
Enchantements de l’onde ! attirantes fraîcheurs !Pour fasciner tu n’as nul besoin de sirènes,O mer ! ni de leurs chants aux langueurs souveraines,Ni des corps éclatants de divines blancheurs !Comme des yeux aimés les claires profondeursInvitent au dormir dans tes grottes sereines.
Tu fus sans doute ainsi, lorsque la jeune Hellé,Sur le bélier doré, curieuse et folâtre,Voguait légèrement vers la côte bleuâtre,Sous la garde des dieux et de Zéphyre ailé.Elle te vit, t’aima : l’enfant, le cœur troublé,Laissa dans tes bras frais glisser son flanc d’albâtre.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources