Pauca Paucis, 1894· Première série· Parvuli
VII. La cigale
A Marius Grillet.
Du chemin sous nos pieds jusqu’aux lointains crayeux,S’étend des oliviers la plaine fourmillante.L’air suffoque. Nul vent. Les feuillages d’amianteMiroitent, éternels, sous les flèches des cieux.
Le grillon se tapit sous la motte brûlante ;L’arbuste est desséché ; l’oiseau silencieuxSe cache ; tout se meurt ; l’homme, fermant les yeux,Voit danser dans le noir une lueur sanglante.
Hélios a dompté la Terre au sein fécondEt suspendu la sève en son cours vagabond ;Il ne peut asservir la chanteuse sacrée.
Seule, collée au tronc d’un arbre rabougri,De lumière et de flamme et de chant enivrée,La cigale d’airain fait retentir son cri.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources