Pauca Paucis, 1894· Première série· Parvuli
I. La naissance d’une cigale
UR le sol endurci, par la marche tassé,On aperçoit surgir un cône imperceptible,Le relief mignon d’un Vésuve risible,Sous l’effort du dedans lentement crevassé.
A la longue il s’entr’ouvre, et je vois de l’argilePéniblement sortir un gnôme singulier ;Dans un fourreau de soie, aveugle prisonnier,Il tâche à dépouiller l’enveloppe indocile.
Enfin il fait craquer son étroit vêtement,D’où la nymphe apparaît. On dirait la tuniqueDont, le soir, une femme avec des soins s’appliqueA retirer son corps qui surgit, tout charmant.
La cigale encor tendre, engourdie, étonnéeDe ce monde nouveau, semble d’un long sommeilS’éveiller faiblement sous le rayon vermeil.L’élytre, diaphane et de réseaux veinée,
Tout humide à ses flancs est collée ; et des grainsD’un rouge vif et clair la piquent aux aisselles,Comme si l’on voyait le sang, à travers elles,Fluide s’épancher en canaux purpurins.
Mais demain le soleil, de ses rayons tenaces,Aura durci son aile et desséché ses flancs :Le virtuose noir fait, sous les cieux brûlants,De cymbales de fer retentir les espaces.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources