Pauca Paucis, 1894· Première série· Parvuli
II. Les grillons
MINUIT. Le ciel divin a déplié ses voiles.Phœbé s’éteint. L’éther est tout parfum ; les sensS’apaisent au contact d’effluves fraîchissants ;De bleuâtres clartés s’épanchent des étoiles.
On est enveloppé de paix. Les champs lactés,Vagues chemins blanchis de poussière de mondes,Zèbrent le noir azur des coupoles profondes.L’être, perdu, se fond dans les sérénités.
Tout dort le bœuf repu dans l’étable odorante,Et l’homme harassé sur sa couche, et l’oiseauSous le dôme fleuri de l’humide berceau,Et le chien murmurant au songe qui le hante.
Seul un chant faible et doux, et sans fin répété,Surgit de toutes parts des jachères paisibles.C’est le chœur des Petits, le chœur des Invisibles,Dont l’hymne monte aux cieux parmi l’immensité.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources