Pauca Paucis, 1894· Première série· Parvuli
IX. Le rouge-gorge
LA dernière des fleurs au vent va disparaître.Laissant aux bois roussis la martre et l’écureuil,Le frêle rouge-gorge, aimé du dieu champêtre,Erre dans nos buissons et vient près de mon seuilBecqueter le corail des grappes de cinelleOu l’insecte invisible ; et sautant, voltigeant,Dans l’aubépin tardif qui frémit sous son aile,Furtive on voit passer sa gorge au feu changeant.Il va, court sans frayeur. Bientôt, lorsque la neigeÉtendra son linceul, notre hôte familier,Frileux et devinant qui l’aime et le protège,Viendra chercher l’abri jusqu’à notre foyer.Oiseau mélancolique et pur, je te salue !Ne me redoute pas ! O toi, l’ami des morts,Tu dois être le mien ! L’on dit que, l’âme émue,De feuilles et de brins tu recouvres les corpsA l’ombre des forêts restés sans sépulture ;O pieux rouge-gorge, ô petit fossoyeur,Accours ! tu peux, tu peux, jetant ton doux murmure,Sous tes rameaux séchés ensevelir mon cœur.
1er novembre 1884.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources