Le Portique, 1909· I La terre et les morts
A mon Père
Nul cœur ne fut plus simple et plus pur que le tien.Tu marchais, ignorant du mal, vers la lumière,Et tu lis, quarante ans, ta tâche coutumière,Sobre, tranquille et brave, heureux comme un Ancien.
Lorsque vint l’ouragan hideux, je me souviens,Où la France eût sombré sans quelques âmes fières,Tu fis ingénument, avec elles, litièreDe tout ton clair bonheur, pour tenir tête aux chiens !
Donnant ton être sans compter, plus pâle à peine,Moins meurtri que surpris de connaître la haine,De juste tu devins héros, sans le savoir.
La Mort vint te surprendre au milieu de ta route,Sans te faire souffrir, sans t’affliger d’un doute…Et ton front s’inclina lumineux, dans le soir…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources