Le Portique, 1909· I La terre et les morts
Le Logis
Logis de granit brut, et d’ardoise, et de lierre,Dont le seuil par le pas des aïeux fut creusé,Logis que le soleil et la pluie ont baisé,Et que dore une joie auguste et familière,
Salut ! Le Souvenir blasonne chaque pierreDes chambres où des cœurs purs ont agonisé ;Là, sous un corps défunt, tel fauteuil s’est usé ;Ici, l’enfant joyeux entr’ouvrit sa paupière.
Berceau, lit nuptial et tombeau d’une race,Tu gardes, dans tes murs mémorables, sa traceQui se fût dissipée on ne sait où sans eux,
Logis dont la charpente est de chêne noueux,Propice tour à tour à nos deuils, à nos fêtes,Humble comme un vieillard, sacré comme un prophète !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources