Le Portique, 1909· IV Les héros
Carrière
Toi qui fis émerger des ténèbres la Vie,Face pâle et fugace apparue à demi,Ouvrant sa bouche triste et ses yeux clairs parmiL’ouragan de l’ombre cosmique inassouvie,
Toi qui sus discerner le fantôme du BeauDans les cendres de l’aube et les limbes de l’êtreD’une prunelle aiguë et patiente, ô Maître,Tu connais à présent cette ombre : le tombeau.
Les bras croisés, les yeux scellés par un doigt tendre,C’est ton heure, ouvrier robuste, de descendreAu chaos, à la nuit informe où tout s’en va…
Mais, ainsi que l’espoir antique le rêva,Inlassable, peut-être ébauches-tu, Carrière,Au fond de l’ombre encore un geste de lumière ?
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources