Le Portique, 1909· V L’homme et la douleur
Pressentiment
Le Soir tombe sur ton jardin clair, ô Jeunesse !J’embrasse d’un regard mon étroit Univers,Et l’Automne me tend sa robe de faunesseOù brillent des fruits d’or qui furent des fruits verts.
O fruits éblouissants dont pleura mon attente,Amour, gloire, amitié, trésors du rêve humain,Ils sont là, lumineux… En allongeant la mainJe me rassasierai de leur pulpe éclatante !
J’hésite… Une terreur vague suspend mon geste,Je ne sais quel ennui subtil m’émeut… Je resteImmobile en ce jardin clair comme l’espoir…
Ah ! sous les fruits vermeils, j’ai vu poindre un fruit noir,La Mort !… faudra-t-il mordre aussi ce fruit funeste ?Je ne peux pas croire à la mort, par ce beau soir…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources