Le Portique, 1909· II La femme et l’amour
Courtisanes
Dante, le noir troupeau des amantes illustresQu’emporte l’éternel tourbillon des damnés,Sans descendre aux enfers, je l’ai vu promenerDans la salle aux relents fétides* et lacustres ;
Là, des snobs en frac noir se mêlaient à des rustres ;Un orchestre égrenait des flons-flons surannés ;Des filles au regard cynique, au teint fané,Passaient, louves à jeun, aux lumières des lustres
Je songeais : il y a, quelque part, des verdures,L’eau courante, le vent sur les bois, l’herbe pure…Elles ont bu le lait d’une femme… Aujourd’hui,
La luxure les tient, mouches d’or, dans ses toiles…L’une d’elles soudain m’accosta. Je m’enfuis.Dehors, au ciel d’hiver, scintillaient les étoiles.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources