Le Portique, 1909· I La terre et les morts
Dieux agrestes
Je n’ai pas négligé vos humbles dieux agrestes,Horizons nus, sol gris par le chaume attristé,Pays pauvre qui n’as de vivantes beautésQue les jeux d’ombre et d’or des clairières célestes.
Dans tes sentiers herbus, de buissons abrités,Que le rouge écureuil traverse d’un bond preste,Dans tes champs, où l’if noir dénonce encor les restesD’un martyr qu’isola sa farouche piété,
Sur tes coteaux pierreux que fouille l’antiquaire,Où l’immortelle d’or jaillit du tuf calcaire,Où pend l’aile des moulins à vent vermoulus,
J’ai longuement rêvé, cher pays de Saintonge !Je te dois mes plus purs trésors : le goût du songe,Le silence, et l’amour de ceux qui ne sont plus…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources