Le Portique, 1909· I La terre et les morts
La Pierre Levée
Avant Rome et la Gaule historique, des racesDouteuses et sans nom, qui connaissaient le feu,Domptaient l’auroch, taillaient le silex, et, par jeu,D’un trait gauche y gravaient des dessins non sans grâce,
Vinrent de l’Orient pastoral en ce lieu.Ces peuples nus vivaient au grand air, de leurs chasses.Le soleil, qui éclaire et chauffe, était leur dieu,Et ces blocs de granit farouches sont leurs traces.
Menhirs, dolmens, cromlechs, ces vastes minérauxQue ne traîneraient pas, accouplés, vingt taureaux,Et que dressèrent leurs bras forts, c’étaient des tombes.
Là, dormit notre ancêtre obscur, le chasseur blond,Et son ombre, vers les forêts, par ce trou rond,Sans doute, s’évadait parfois, quand le soir tombe.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources