Le Portique, 1909· II La femme et l’amour
Épitaphe
Passant, je fus heureuse et n’aimai qu’un seul homme.Artiste, il était faible, il a trahi sa foi.Mais il me revenait plus frémissant ; et commeJ’adorais sa musique, il en a fait pour moi.
Célèbre, adulé, lier, s’il est de ceux qu’on nomme,Il m’a dû sa grandeur, sa gloire et son émoi ;Si j’ai pleuré par lui, si j’ai souffert, en sommeSouffrir pour ce qu’on aime est doux : ce fut ma loi.
Lorsque je vis mon charme et ma fraîcheur de femmeS’éteindre, je mourus, suprême effort de l’âme.Devant mon lit de mort lui vint son plus beau chant.
Vers d’autres est allé son léger cœur d’artiste,Non sans remords, peut-être — il n’était point méchant.Va lui dire, Passant, que je ne suis pas triste…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources