Le Portique, 1909· II La femme et l’amour
La Mort de l’Amour
Qui que tu sois, Passant, ou prospère ou puniPar le sort, vierge, éphèbe, ou femme libertine,Entre, jette une fleur sur la bière enfantineQue recouvre un drap blanc, d’eau lustrale béni.
Ici, dans cette tombe étroite comme un nid,Dort à jamais l’Enfant dont la grâce mutineRayonnait, sur la terre où l’abeille butine,L’Amour, par qui deux cœurs ont connu l’Infini !
Quand il est mort ? Hier au soir, dans cette auberge.On a clos les volets pour que brûlent les cierges,Mais je sais que dehors, hélas ! le soleil luit.
Les dieux mêlent toujours la joie à l’épouvante.Qui j’aimais ? Laisse-moi le taire… Elle est vivante,Passant, mais notre amour est mort… Pleure sur lui !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources