Le Portique, 1909· III L’art et la beauté
Feux d’Automne
L’azur tendre d’opale et de nacre s’irise ;L’horizon dépouillé s’élargit ; dans le soirLe vent, sur le sol gris des clairières, fait choirDe fines branches de bois mort que le pied brise.
La nuit est plus hâtive et sa cendre est plus grise ;C’est alors, sur le globe endeuilli, qu’on peut voir,Illuminant de clartés brusques les champs noirs,Des feux d’or resplendir et bondir sous la brise…
Feux d’automne, sanglot éloquent des ténèbres !Ah ! dans mon cœur farouche, avant l’heure funèbre,Avant la porte basse où l’on entre voûté,
Je veux que votre ronde insolente flamboie,Et redise, à tous ceux dont le temps fait sa proie,La Vie, et son étrange et forte volupté !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources