Le Portique, 1909· III L’art et la beauté
L’heure des Lampes
C’est l’heure étrange et bleue où les lampes s’allument.Aux fenêtres, où agonise le jour gris,Une étincelle éclôt, puis une autre… et Paris,Prométhée accroupi qui songeait dans la brume,
Éclabousse le fer, le granit, le bitume,Des arabesques d’or farouches que décritSa torche, et l’on entend dans l’ombre, avec des cris,Le Titan colérique attiser son enclume.
Que forge-t-il, de ses poings noueux, dans le soir ?Le crime ou la vertu ? l’erreur ou la justice ?Nul ne sait… de grands coups de marteaux retentissent,
Et les hommes, ainsi que des insectes noirs,Dans la sombre cité se bousculent et rampent…Et des fronts, çà et là, s’inclinent sous les lampes…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources