Le Portique, 1909· III L’art et la beauté
Le Chardon Bleu
Ma vie est un désert étincelant et platQue charme le sanglot de la houle marineOù, chaque soir, ouvrant ses veines purpurines,Un dieu vermeil se couche et meurt dans leur éclat.
Mes travaux ? Je m’assieds sur les sables, et làJe vois passer au loin les vaisseaux. J’imagineLeurs voyages charmants vers l’Inde ou vers la Chine,En songeant qu’il faudra mourir, comme ceux-là.
Les jeux de mon esprit sont les seuls où j’excelle ;J’aurais été martyr si j’avais eu la foi,Si le tragique flux de l’ombre universelle
M’inspirait moins d’angoisse exquise, et plus d’effroi…— Mais j’ai cueilli pour vous, les Amants de la terre,Le Chardon bleu, la fleur suave et solitaire.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources