Le Portique, 1909· I La terre et les morts
L’Abbaye de Landévennec
L’abbaye est croulante au bord du golfe bleu.Mais une main pieuse, avec des feuilles vives,Simula les arceaux, les voûtes, les ogives ;Et c’est un cloître vert qui s’offre intact à Dieu,
Non pas au Dieu vengeur, dont la guerre est le jeu,Tyranneau du farouche essaim des hordes juives,Mais à l’Être infini comme la mer sans rivesQu’invoque le Brahmane, adorateur du feu.
Dans cette anse bretonne, où les flots qui sourientOnt la douceur des lacs de Toscane et d’Ombrie,La Mort même, la Mort perd son masque d’effroi ;
Car le gai cimetière inclinant ses verdures,Ses emblèmes, ses buis, jusque dans la mer pure,Joint le lys à la tombe, et la rose à la croix…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources