Le Portique, 1909· I La terre et les morts
Les Bernardines
J’ai vu sortir du cloître gris les Nonnes blanchesQuatre par quatre ; elles chantaient ; l’antique chantMontait suave dans la pourpre du couchant ;Elles croisaient leurs mains légères sous leurs manches.
Au loin resplendissaient les neiges, avalanchesDe lumière et d’azur au bord des monts penchant…Mais les Nonnes passaient comme aveugles, cachantSous leurs voiles de lin leurs yeux purs de pervenches.
Troupeau mystique, elles prièrent humblementDans le vieux cimetière où le sable dormantS’incruste d’ex-votos en coquilles marines.
Puis, en procession pâle, les BernardinesS’en allèrent, psalmodiant leur chant divin…Le chant se tut. Les monts pâlirent. La nuit vint…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources