Le Portique, 1909· II La femme et l’amour
L’Amour et la Mort
L’Amour est ceint de myrte, et la Mort de cyprès.L’Amour folâtre rit à l’Aurore indulgente,La Mort penche son front dans le soir qui l’argente.L’un porte l’urne d’or, l’autre l’urne de grès.
L’Amour chante, et s’en va vers la Mort par degrés.C’est, sous les bois profonds, une invisible sente ;Les pas du dieu ne marquent point sur la descente,Et, peu à peu, l’ombre enténèbre la forêt.
Nul n’a pu de ses yeux voir le baiser faroucheQue l’Amour et la Mort se donnent sur la bouche,Ou nul n’est revenu pour le dire aux Vivants ;
C’est le secret des eaux, de la terre et du vent,C’est le secret de l’arbre et de l’ombre inconnue.Car la terrible Mort devant l’Amour est nue.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources