Le Portique, 1909· II La femme et l’amour
Odyssée
Jadis, j’appareillai sur la mer en délireVers l’île d’émeraude et l’azur argentéOù, triste, noble et nue en sa captivité,La Princesse attachée au roc sombre soupire.
Quand les sirènes d’or de l’abîme ont chanté,Elles par qui le vœu des plus fermes chavire,Je me suis fait lier au grand mât du navire,Et mes cris de fureur ne l’ont pas arrêté…
Voici le port : je puis y détendre mes voiles,Et songer, sous l’œil clair des premières étoilesOù s’attarde un reflet de l’astre disparu ;
La Princesse captive et son île, des fables !Mais ce resplendissant mensonge, auquel j’ai cru,Jette encore en mon cœur des lueurs ineffables.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources