Le Portique, 1909· I La terre et les morts
L’Amphithéâtre
Près de l’humble cité qu’entourent des jardins,Après des mois obscurs de fouilles souterraines,On a presque exhumé la gigantesque arène :Voici le mur poudreux, le cirque, les gradins.
La mémoire s’enflamme, et l’on revoit soudainFrémir devant les deuils des héros et des reines,Sous le dôme d’azur de la voûte sereine,Les toges blanches des antiques citadins.
Là, sous le masque hilare ou le masque farouche,Plaute, Eschyle ou Sophocle ont parlé, par la boucheD’une amoureuse illustre ou d’un mime défunt ;
Œdipe en sang hurla près du mur octogone,Et l’on pleura de voir disparaître AntigoneSur la pente où ces lys exhalent leur parfum.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources