Le Portique, 1909· I La terre et les morts
Pilotes
Le petit port de pêche abrite des colèresDe la houle marine et du fleuve profondLes bateaux blancs et noirs des pilotes qui vontGuider les bricks parmi les récifs séculaires.
Dans l’ombre, entre les caps lourds de brumes qu’éclairent,Sentinelles de flamme au splendide cordon,Les phares : Cordouan, la Coubre et le Verdon,Ils passent comme un chien sur la piste qu’il flaire…
Héros obscurs, marins épars sur nos voiliers,Salut, vous dont la mort a fait ses familiers,Frères !… Et nous aussi, nous sommes des pilotes,
Nous, poètes, dont l’œuvre est de guider la flotteDes âmes, à travers les écueils du passé,Vers le plein ciel du large où souffle un vent glacé !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources