Le Portique, 1909· VI L’au delà
L’Aviateur
J’ai vu l’Aviateur sur les Champs-Élysées.Dans le ciel vif de Mars, où flambaient à l’ouestSous l’Arc Impérial des lueurs embrasées,Sur la ville surprise il naviguait sans lest.
Engin mystérieux, de la couleur du zest,Avec le sûr effort d’une victoire aisée,Il fendait lentement les brises alisées ;Vers la Sainte-Chapelle il disparut à l’est…
Miracle du génie humain, ce monstre clair,Imprévu scarabée, envahisseur de l’air,Flattait l’obscur orgueil de la foule. Homme ou femme,
Tous les fronts rayonnaient d’un insolite émoi.« L’homme a conquis le ciel, me disais-je à part moi,« Quel gouffre encor lui reste à connaître ?… Son âme ! »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources