Le Portique, 1909· VI L’au delà
Le Miroir
Pensée, es-tu la loi du-monde, qui balanceLes pôles sur leur axe, et, dans l’éther du ciel,Les astres ? As-tu créé l’Ordre universel,Et sais-tu quel secret dort sous l’amer silence ?
Ou n’es-tu que la flore étrange de cerveauxMortels ? L’illusion qui pouvait ne pas naître ?L’écume qui sourit sur l’océan de l’Être,Dissoute, à peine éclose, en ses aveugles eaux ?
Je t’interroge, en proie au doute, à l’épouvante…Sais-tu qui suis-je, un monstre, un dieu, lueur vivante,Ce que je vaux, ce que je puis, ce que je dois ?
Je t’interroge et tu te tais, miroir factice !Et je pleure, comme autrefois l’enfant Narcisse,De voir couler ta splendeur vaine entre mes doigts…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources