Le Portique, 1909· III L’art et la beauté
Solitude
Au fond mystérieux des espaces, ô vois !Les plaintes des grands cors héroïques sont mortes…Les nuages s’en vont en sévères cohortes ;Le jour humide semble un regard d’autrefois.
Pas une aile d’oiseau sur les lignes des bois,Pas une ombre de cerf sur les rocs ; aux éteules,Pas un cri ; pas un souffle aux guérets fauves… seule !Te voici seule enfin, et grave, — devant Toi !
O mon Âme farouche et toujours incertaine,Tremblante, quand un rêve, au passage, t’effleure,Viens, mon Âme, pencher ta détresse aux fontaines,
Regarde s’agrandir ton ombre, aux sables vagues,Et marche au bord des mers, en épiant aux vaguesLes lumières des jours mouvants, — et prie, et pleure.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources