Le Portique, 1909· I La terre et les morts
La Cité des Ombres
O Versailles, cité des rois, cité des ombres,Le temps en deuil pleure sans bruit sur tes décombres,Ton parc désert, ton château vide et ta forêt,O Versailles, cité des siècles !… On dirait,
Lorsque le soir éteint sa pourpre en tes lacs sombres,Et baise, sur leurs socles purs, tes dieux sans nombre,En tes bosquets où Pan module un air discret,Qu’un clair cortège de fantômes apparaît,
Qu’il se répand sur tes perrons, sous tes ramures,Qu’il égrène, aux charmilles brunes, ses murmures,Et, sous le dôme vaporeux du ciel pâli,
Que tes seigneurs, que tes abbés, que tes marquises,Entrelaçant en gestes lents leurs mains exquises,Dansent en chœur quelque pavane de Lulli !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources