Le Portique, 1909· I La terre et les morts
La Grande Chartreuse
Ad quid venisti ? Cur mundum reliquisti ?Vers quoi vins-tu ? Pourquoi délaissas-tu le monde ?Ces mots sont inscrits là, sur le couloir de rondeDe la Chartreuse vide où rien ne retentit.
La devise latine, ô Passant, t’avertitQue vécurent hier, en cette paix profonde,Des âmes où Dieu seul pouvait jeter la sonde,Fronts éblouis d’extase ou pécheurs repentis.
Vers quoi vins-tu ? Pourquoi délaissas-tu le monde ?Mon cœur n’est plus chrétien, et pourtant il sentitLa grandeur de ces mots, sur quoi l’Ordre se fonde.
Je ne maudis pas ceux, Cloître, qui t’ont bâti,Nous leur devons beaucoup : le fleuve aux eaux profondesEst loin du glacier vierge et morne : il en sortit !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources