Le Portique, 1909· VI L’au delà
La Mort du Paysan
Le Paysan qui vient de mourir fut un sage.Dès longtemps, son vieux corps était bien décrépit :Quand il sentit la Mort l’inviter, sans dépitIl se coucha, tournant vers le mur son visage.
Il n’a pas accueilli le prêtre et son message ;A sa prière, on fut lui quérir un épiDu beau blé de l’an neuf ; alors il s’assoupit,Le serrant dans sa main, sans parler davantage.
Il a serré si fort l’épi vert dans ses doigtsQu’il a dû l’emporter dans son cercueil de bois…O prodige ! la plante a germé dans la bière !
L’épi jaillit du sol, il est mûr, le voilà…Le poing d’un Mort tendant du blé vers la lumière,Qui sait si le secret du Monde n’est point là ?
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources