Le Portique, 1909· VI L’au delà
Le Crucifix
Le Crucifix de bois érige son symboleSur la colline heureuse où le pampre fleurit ;Près du front mutilé que l’épine meurtrit,Un couple murmurant de colombes s’envole.
Je ne reconnais pas dans cette maigre idole,Dieu farouche tordu sous le ciel attendri,Le Jeune Homme charmant, habité par l’esprit,Dont une pécheresse adora la Parole.
Ce gibet, dans ce printemps clair, semble vétuste !Le supplice barbare où succombe ce JusteN’excite plus la crainte, à peine le courroux ;
La Nature, qu’il veut opprimer, l’ensoleille ;Au creux de son épaule, une danse d’abeillesVoltige dans l’air tiède, en quête du miel roux…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources