Le Portique, 1909· III L’art et la beauté
Rencontre
Si parfois, au déclin des saisons monotones,Tu voyais, cheminant au bois, quand il a plu,T’apparaître, au détour d’une sente d’automne,Quelque fantôme en pleurs que tu ne connais plus,
Ne te détourne pas ! Cette ombre, c’est, peut-être,C’est peut-être ton âme heureuse d’autrefois,Triste comme une Amante, hélas ! parmi les hêtres,Qui pleure ton enfance et qui pleure sur toi.
Va vers Elle, prends-lui la main, parlez ensemble ;Regarde, en ses yeux clairs, l’azur des vieux pays,Écoute le reproche amer dont sa voix tremble,
Jusqu’à l’heure où le soir embrume les taillis…Alors, sans la baiser au front, car elle est morte,Rentre seul, à pas lents, et verrouille ta porte…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources