Le Portique, 1909· II La femme et l’amour
Le Cheveu Blanc
Le léger cheveu blanc que sur ta chère têteTu surpris ce matin, penchée à ton miroir,Va, ne l’arrache point ! Je t’aime assez pour voirLa neige auréoler ton front d’une autre fête.
Le pacte qui me lie à toi vaut, ma conquête,Pour l’hiver et l’été, pour l’aurore et le soir,Et que ton deuil de veuve un jour vienne s’asseoirLe premier sur ma tombe est ma seule requête .
Que d’autres, égarés par une ombre, promènentDe plaisir en plaisir leur triste chair humaine,A leur guise ! Ils n’auront rien connu de l’amour !
Qui voit une âme vivre, il la trouve infinie.Je n’aurais pas goûté sans toi, ma sœur bénie.La douceur de vieillir sans crainte, au fil des jours.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources