Le Portique, 1909· VI L’au delà
Nocturne
Le soir antique marche aux confins gris du monde,Et, nymphe à l’horizon que suit l’œil attristé,La lumière aux beaux yeux d’innocente a quittéLa forêt endeuillie, et les plaines, et l’onde.
Songe et prie, ô mon Âme, en cette paix profonde !Songe à l’aube, sourire où tremblait la beauté,Prie et songe… le soir parle d’éternité…Qu’as-tu fait de ta vie en ce jour, Vagabonde ?
Un peu de rêve, un peu d’espoir, un peu d’amour,Pas un acte !… et voici qu’est mort un nouveau jour,Et, dans l’immensité glaciale et pâlie,
Voici qu’ayant vaincu l’univers frémissantLa Nuit farouche prend son essor, et délieSa chevelure sombre où reluit le croissant…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources