Le Portique, 1909· I La terre et les morts
Le Régiment
Le Régiment, avec ses clairons, ses fanfares,Ses appels brefs par trente bouches de métal,Communique à la foule un délire brutalPlein -du ressouvenir des époques barbares.
L’antique instinct nomade inassouvi s’effareEn l’œil blasé de tel oisif occidental,Et, pour venger l’injure faite au sol natal,Ce flâneur partirait demain, malgré ses tares !
Et nous, allègrement, nous partirions aussi— Nous qui rêvons la paix — pour une haute guerre ;Ce n’est pas sans remords que nos cœurs sont transis.
Et que nous regardons, race où l’on ne naît guère,L’Astre de notre Force, éblouissant naguère,Décliner lentement, dans la brume obscurci !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources