Le Portique, 1909· V L’homme et la douleur
Le Surhomme
Si tu dois naître un jour, si tu n’es pas chimère,Surhomme vers qui tend notre espèce, enfantéPar les pleurs et le sang de l’humble humanitéQui ne sait pas encor de quel songe elle est mère,
Pourras-tu, sans frémir, toiser la route amèreQui va de ta splendeur à notre infirmité,Captif entre la double et morne éternitéD’aïeux vils et de fils déchus, Maître éphémère ?
Si, jeune, beau, riant, insulte à la Nature,Tu peux vivre ta vie éblouissante et dure,Tu n’es qu’un monstre auquel se refuse mon vœu ;
Mais si la pitié tendre habite encor ton âme,O Fils le plus divin de l’homme et de la femme,Tu ne seras jamais que l’ébauche d’un dieu…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources