Le Portique, 1909· III L’art et la beauté
Musées
Ton âme est sans vigueur, terne, désabusée,Dans la cité de pierre où manquent l’air et l’eau ?Promène-la parmi le peuple des tableauxDont le sourire luit aux vitres des musées.
On dirait vos parterres purs, Champs Élysées,Où se rassemblent, au sortir du noir tombeau,Les Ombres de ceux-là qui aimèrent le beau,Sous un ciel tendre de lumière tamisée…
Marche sans bruit, de peur que l’écho de tes pasNe dérange ces morts qui ne regardent pas,Et conversent avec une noble indolence,
Et quand tu rentreras, sous la pluie et le vent,Dans la ville de boue où rampent les vivants^Ton cœur sera tout parfumé de leur silence.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources