Le Portique, 1909· IV Les héros
Nietzsche
Tu vécus tes jours brefs en face des monts chastesQue le soir violent vêt de pourpre et de faste,Et ta pensée immense et tragique, ô Passant,Imita leur contour, et leur ombre, et leur sang.
Dans l’univers sans Dieu, sans étoile, implacable,Tu perçus, frémissant, cet invisible câble :Le Retour Éternel, et, Surhomme indompté,Tu voulus bien souffrir pendant l’éternité !
Front ceint de fleurs parmi les fronts couverts de cendre,Ta devise, Antéchrist farouche d’un dieu tendre,Fut : « Soyez durs ! Ceux qui sont durs sont les seuls forts ! »
Puis, ayant fait ton œuvre, et vengé Prométhée,O Titan, comme lui vaincu, d’un siècle athée,Tu es entré vivant dans l’horreur de la mort…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources