Le Portique, 1909· IV Les héros
Tolstoï
Tu fus chasseur, tu fis l’amour, tu fis la guerre.Tu fus maître des champs, des villes et des bois ;Tu sus forcer le cerf et la femme aux abois ;Que l’on souffrît, alors, tu ne t’en troublais guère !
Un jour, tu prends ta plume, et, comme ont fait naguèreLes chanteurs des vieux temps, tu dis ce que tu vois ;Un grand peuple muet sort de tombe à ta voix,Et la gloire te vient. Tu la trouves vulgaire…
Alors, ayant vidé le vin jusqu’à la lie,Tu fis appel à la merveilleuse folieDes saints ; et tu devins un prêtre, presque un dieu…
Ton soir, ô grand Moujick, est splendide d’étoiles…Mais, détail suggestif, la comtesse a, par jeu,Mis des sachets d’iris dans tes blouses de toile…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources