Le Portique, 1909· III L’art et la beauté
Statuaire
Jour après jour, pendant l’hiver, pendant l’été,Laissant fuir les saisons en ronde monotone,D’un geste d’amoureux qui délire et tâtonneS’acharnant sur la glaise inerte, il a sculpté.
Et la voici debout, vivante, en vérité,La chasseresse nue aux seins droits, dont s’étonneLe silence sacré des clairières d’automne,Déesse, et femme aussi par l’impudicité !
Elle vole parmi les halliers, l’Immortelle,Levant haut son épieu, que souille un sang vermeil,Et, sur le socle brut qu’effleure son orteil,
Il n’a plus qu’à graver un nom, mais, auprès d’elle,Lui, morne, et le cœur lourd d’un obstiné sanglot,Pleure sur l’œuvre faite et sur son rêve éclos…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources