Élégies, 1893
VIII. « Vrai, là, mais quel bourreau d’argent tu fais, petite »
MOI
Vrai, là, mais quel bourreau‖ d’argent tu fais, petite !
TOI
MOI
Il n’est banquier solide, il n’est pépite,Sérieuse qui pût te résister…
TOI
MOI
Je suis pauvre, tu sais,‖ tu sais aussi comment,De quelle ardeur je trime‖ et fais, vaille que vaille,Puisqu’on n’est pas rentier‖ et qu’il sied qu’on travaille,Des besognes pour tel‖ journal Ali-BabaDont la Sésame par instants me fault.
TOI
MOI
Enfin, modère-toi,‖ chère, dans tes dépenses.La galette n’est pas‖ ce que, vaine, tu penses :Elle a des hauts et des‖ bas et surtout des bas ;Que de braves reculs,‖ que de lâches combatsVis-à-vis de maints éditeurs,‖ gent redoutable,Juste pour la couchette‖ et juste pour la table.Parbleu, j’aime le luxe‖ aussi. Je n’en dors pasD’aimer le luxe des‖ habits et des repasEt des lampas et des‖ lambris et tout le diable !Et même cette dèche‖ implacable, effroyableOù se débattent mes‖ courages presque en vain,Courage de la soif,‖ courage de la faimEt du froid et du chaud,‖ la faute à qui ? Peut-être,– Autant qu’on peut juger‖ de son propre Bicêtre, –Un tantinet à moi,‖ sans compter les amisDe l’un et l’autre sexe,‖ – et quelques ennemis.Mais surtout, mais surtout‖ à mon amour du faste.J’aimais qu’un bon dîner‖ remplit ma panse vaste,Qu’un bon lit, trop étroit,‖ me dit d’être galant,Serrer la main aux pauvres‖ hommes de talent,Enfin acheter des‖ dessins et des gravuresEt, l’avouerai-je ? me‖ payer des graveluresJaponaises ou dix‖-huitième siècle, et, ceM’a nécessairement conduit…
TOI
MOI
M’a nécessairement‖ conduit à la ruine.Je n’ai plus rien…
TOI
Assez, bon sang ! quelle platine !
MOI
Tu railles ma garrulité‖ peut-être à tort,Chéri. J’admets que j’ai‖ tendu fort le ressort,Je sais que j’exagère‖ et sans doute plaisante.Certes ton luxe et ton‖ amour de lui présenteDe modestes aspects,‖ j’admets un peu forcés.(Dame, on ne peut avoir‖ trop avec pas assez)Mais enfin tu n’es pas‖ très femme de ménage,Je puis le dire sans‖ ridicule à mon âgeCalmé, lent, réfléchi…
TOI
MOI
J’abuse du vocable‖ en effet, mais pas tropDe la chose, conviens.‖ Je disais donc, chérie,Que je t’adjure de‖ tout mon cœur et te prieD’à ton tour réfléchir‖ sur les nécessitésQui nous tiennent, hélas,‖ de pas mal de côtés.Voyons, modérons-nous‖ dans la petite vieAgréable, après tout,‖ que plus d’un nous envie.Soyons, s’il te plaît, toi,‖ coquette, moi, bien mis,Mangeons comme de droit,‖ buvons comme permis,Mais, sacrebleu ! surtout,‖ n’allons pas perdre haleineA tant courir…
TOI
N’en jetez plus, la cour est pleine.
MOI
A tant courir, disais-je,‖ en somme, après la finDe tout crédit‖ jusque chez… le marchand de vin !Après, en un mot, comme‖ en mille, la misère !Voyons, de la raison‖ un peu, c’est nécessaire,Impérieux : pas drôle,‖ ô non pas ! la raison,Mais, dans l’espèce,‖ indispensable à la maison !Je veux…
TOI
MOI
TOI
TOI
TOI
MOI
TOI
Pas de peut-être ! Moi.‖ Qu’il en soit autrement.Je m’en moque. Je suis‖ le maître absolumentEt je n’ai plus besoin‖ de mamours, ni d’astuces,J’espère, pour être obéie,‖ – et que tu dussesEn maugréer, fais-le,‖ mais, encor, pas trop haut.Or je veux de l’argent.‖ Beaucoup ! Puis il m’en fautTout de suite ; donne à‖ l’instant et puis turbine !C’est ton petit devoir‖ d’esclave et de machine :Encore bien heureux‖ de le faire pour moi.
MOI
TOI
Tout ce que t’as sur toi,Chez toi, chez moi plutôt.
MOI
TOI
MOI
TOI
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 37((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Mots à la rime
- a petite / tiens / pépite féminine, classiquea résister / Vraiment / comment masculine, classiqueb vaille / travaille féminine, classiquec Ali-Baba / fault / bah masculine, non classiquea dépenses / penses féminine, classiqueb bas / combats masculine, classiquec redoutable / table féminine, classiqued pas / repas masculine, classiquee diable / effroyable féminine, classiquef vain / faim masculine, classiqueg Peut-être / Bicêtre féminine, classiqueh amis / ennemis masculine, classiquei faste / vaste féminine, classiquej galant / talent masculine, classiquek gravures / gravelures féminine, classiquel ce / conduit / le masculine, classiquea ruine / rien / platine féminine, classiquea tort / ressort masculine, classiqueb plaisante / présente féminine, classiquec forcés / assez masculine, classiqued ménage / âge féminine, classiquea réfléchi / mot / trop masculine, non classiqueb chérie / prie féminine, classiquec nécessités / côtés masculine, classiqued vie / envie féminine, classiquee mis / permis masculine, classiquef haleine / courir / pleine féminine, classiquea fin / vin masculine, classiqueb misère / nécessaire féminine, classiquec raison / maison masculine, classiquea veux / voulons / maître / Ici / Toi / raisonnable / être féminine, classiquea autrement / absolument masculine, classiqueb d’astuces / dusses féminine, classiquec haut / faut masculine, classiqued turbine / machine féminine, classiquee moi / tu / toi masculine, classiquea plutôt / Prends / Donne / chère / mémère féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
91 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1901· numérisation scribd.com· Sources