Poèmes saturniens, 1866
Sub Urbe
Les petits ifs du cimetièreFrémissent au vent hiémal,Dans la glaciale lumière.
Avec des bruits sourds qui font mal,Les croix de bois des tombes neuvesVibrent sur un ton anormal.
Silencieux comme des fleuves,Mais gros de pleurs comme eux de flots,Les fils, les mères et les veuves,
Par les détours du triste enclosS'écoulent, – lente théorie, –Au rythme heurté des sanglots.
Le sol sous les pieds glisse et crie,Là-haut de grands nuages torsS'échevèlent avec furie.
Pénétrant comme le remords,Tombe un froid lourd qui vous écœureEt qui doit filtrer chez les morts,
Chez les pauvres morts, à toute heureSeuls, et sans cesse grelottants,– Qu'on les oublie ou qu'on les pleure ! –
Ah ! vienne vite le Printemps,Et son clair soleil qui caresse,Et ses doux oiseaux caquetants !
Refleurisse l'enchanteresseGloire des jardins et des champsQue l'âpre hiver tient en détresse !
Et que, – des levers aux couchants, –L'or dilaté d'un ciel sans bornesBerce de parfums et de chants,
Versification
- Forme
- Terza rima classique (terza rima)
- Rimes
- 10(aba) b
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a cimetière / lumière féminine, classiqueb hiémal / mal / anormal masculine, classiqueb neuves / fleuves / veuves féminine, classiqueb flots / enclos / sanglots masculine, classiqueb théorie / crie / furie féminine, classiqueb tors / remords / morts masculine, classiqueb écœure / heure / pleure féminine, classiqueb grelottants / Printemps / caquetants masculine, classiqueb caresse / l'enchanteresse / détresse féminine, classiqueb champs / couchants / chants masculine, classiqueb bornes / mornes féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
31 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1902· numérisation wikisource.org· Sources