Œuvres complètes, 1632· Troisiesme partie
Remonstrance a M. de Vertamon
Desormais que le renouveauFond la glace et desseiche l’eauQui rendoit les prez inutiles,Et qu’en l’object de leurs plaisirsLes places des plus grandes villesSont des prisons à nos desirs ;
Que l’oyseau, de qui les glaçonsÀvoient enfermé les chansonsDans sa poictrine refroidie,Trouve la clef de son gosierEt promeine sa melodieSur le myrthe et sur le rosier ;
Que l’abeille, après la rigueurQui tient ses aisles en langueurAu fond de ses petites cruches,S’en va continuer le miel,Et, quittant la prison des ruches,N’a son vol borné que du ciel ;
Que les zephires, s’espanchansParmy les entrailles des champs,Laschent ce que le froid enserre ;Que l’aurore avecques ses pleursOuvre les cachots de la terrePour en faire sortir des fleurs ;
Que le temps se rend si benin,Mesme aux serpens pleins de veninDont nostre sang est la pasture,Qu’en faveur de ceste saison,Et par arrest de la Nature,Il les fait sortir de prison,
L’an a fait plus de la moitiéQue tous les jours vostre pitiéMe doit faire changer de placeNe me tenez plus en suspens,Et me faites au moins la graceQue le ciel fait à des serpens.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources