Œuvres complètes, 1632· Seconde partie
Sonnet
D’un sommeil plus tranquille âmes amours resvant,J’esveille avant le jour mes yeux et ma pensée,Et, ceste longue nuict si durement passée,Je me trouve estonné de quoy je suis vivant.
Demy desesperé, je jure en me levantD’arracher cet objet à mon ame insensée,Et soudain de ces vœux ma raison offenséeSe desdit et me laisse aussi fol que devant.
Je sçay bien que la mort suit de près ma folie,Mais je voy tant d’appas en ma melancolieQue mon esprit ne peut souffrir sa guerison.
Chacun à son plaisir doit gouverner son ame :Mithridate autrefois a vescu de poison,Les Lestrigons de sang, et moy je vis de flame.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources