Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
A Philis
Ha ! Philis que le ciel me faict mauvais visage !Tout me fasche et me nuit,Et reservé l’amour et le courage,Rien de bon ne me suit.
Les astres les plus doux ont conjuré ma perte,Je n’ay plus nul soustien ;La cour me semble une maison deserte,Où je ne trouve rien.
Les hommes et les Dieux menassent ma fortune ;Mais, en leur cruauté,Pour mon soulas tout ce que j’importuneCe n’est que ta beauté.
Les traits de tes beautez sont d’assez fortes armesPour vaincre mon mal-heur,Et dans la gesne, assisté de tes charmes,Je mourray sans douleur.
Dedans l’extremité de la peine où nous sommes,Souspirant nuict et jour,Je feins que c’est la disgrace des hommes,Mais c’est celle d’amour.
Parmy tant de dangers, c’est avec peu de crainteQue je prends garde à moy,En tous mes maux, le subject de ma plainteC’est d’estre absent de toy.
Pour m’oster aux plus forts qui me voudroient poursuivreJe trouve assez de lieux,Mais quel climat m’asseurera de vivreSi je quitte tes yeux.
Le soleil meurt pour moy, une nuict m’environne,Je pense que tout dort,Je ne voy rien, je ne parle à personne,N’est-ce pas estre mort ?
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources