Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Ode
Heureux, tandis qu’il est vivant,Celuy qui va tousjours suivantLe grand maistre de la nature,Dont il se croit la creature !Il n’enviera jamais autruy,Quand tous les plus heureux que luySe mocqueroient de sa misere ;Le rire est toute sa colere.Celuy Une s’esveille pointAussi-tost que l’aurore pointPour venir des soucis du mondeImportuner la terre et l’onde ;Il est toujours plein de loisir ;La justice est tout son plaisir,Et, permettant à son envieLes douceurs d’une saincte vie,Il borne son contentementPar la raison tant seulement ;L’espoir du. gain ne l’importune,En son esprit est sa fortune ;L’esclat des cabinets dorezOù les princes sont adorezLuy plaist moins que la face nueDe la campagne ou de la nue ;La sottise d’un courtisan.La fatigue d’un artisan.La peine qu’un amant souspire,Luy donne esgallement à rire ;Il n’a jamais trop affectéNy les biens ny la pauvreté,Il n’est ny serviteur ny maistre ;.Il n’est rien que ce qu’il veut estreJesus-Chris t est sa seule foy :Tels seront mes amis, et moy.
34 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources