Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Apollon champion
Moy de qui les rayons font les traits du tonnerreEt de qui l’univers adore les autels,Moy dont les Plus granss Dieux redouteroient la guerre,Puis-je sans deshonneur me prendre à des mortels ?
J’attaque malgré moy leur orgueilleuse envie,Leur audace a vaincu ma nature et le sort :Car ma vertu, qui n’est que pour donner la vie,Est aujourd’huy forcée à leur donner la mort.
J’affranchis mes autels de ces fascheux obstacles,Et foulant ces brigands que mes traicts vont punir,Chacun d’oresnavant viendra vers mes oraclesEt previendra le mal qui luy peut advenir.
C’est moy qui, penetrant la dureté des arbres,Arrache de leur cœur une sçavante voix,Qui fais taire les vents, qui fais parler les marbres,Et qui trace au destin la conduicte des roys.
C’est moy dont la chaleur donne la vie aux roses,Et fait ressusciter les fruicts ensevelis ;Je donne la durée et la couleur aux choses,Et fais vivre l’éclat delà blancheur des lys.
Si peu que je m’absente, un manteau de tenebresTient d’une froide horreur ciel et terre couvers ;Les vergers les plus beaux sont des objects funebres,Et, quand mon œil est clos, tout meurt en l’univers.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources